Les multiples visages de Place-Royale

(Un article de Camille Lapointe tiré de la revue Cap-aux-Diamants, no 50, été 1997)

Premier noyau de développement urbain de la ville de Québec, et de la Nouvelle-France, le secteur de Place-Royale est aujourd'hui considéré comme le symbole de la civilisation française en Amérique.

Certains d'entre nous se rappelleront peut-être qu'à la fin des années 1950, Place-Royale était un lieu vétuste, presque déserté. Plusieurs bâtiments, ravagés par les incendies ou devenus inhabitables, étaient abandonnés ou barricadés. Depuis, par divers moyens, on a essayé de redonner vie à cette partie de la basse-ville qui ouvre un Dialogue avec l'histoire, comme nous le rappelle le titre de la sculpture de Jean-Pierre Raynault installée sur la place de Paris.

Place-Royale revue et corrigée

Page couverture Le concept d'intervention mis de l'avant pour Place-Royale en 1971 privilégiait la restauration des maisons, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, dans l'état où elles se trouvaient au début du 18e siècle. Il préconisait aussi la reconstitution de bâtiments d'accompagnement répondant au gabarit ancien, extérieurement aussi exactement reconstruits que les « restaurations intégrales », et la reconstruction de la batterie Royale. Sa mise en œuvre était soutenue par les documents historiques, les découvertes réalisées lors des curetages, les fouilles archéologiques et par des modèles que les architectes avaient rapportés de leurs voyages dans la «  douce France ».

On a beaucoup critiqué ce concept initial. Les détracteurs ont invoqué la Charte de Venise (1964) pour favoriser le respect des bâtiments tels que le temps les avait modelés. Cette nouvelle vision des choses, consacrée lors du colloque sur L'avenir de Place Royale tenu en 1978, est pour ainsi dire restée lettre morte. S'il y a eu par la suite des interventions respectant le style extérieur des bâtiments, il n'y a pas eu de véritables « restaurations » dans le respect de l'évolution des constructions, menées avec la minutie des réalisations précédentes.

Place-Royale a-t-elle un avenir ?

Pièces de jeu d’échecs.Sans entrer dans une analyse des causes, nous constatons, comme plusieurs, que même si la Place bénéficie de l'animation offerte par le Musée de la civilisation durant la période estivale, on n'y retrouve pas le dynamisme interne recherché par ceux qui l'ont rêvée. La reconstruction des maisons Hazeur et Smith selon les plans déposés par le Groupe Gauthier, Guité, Lestage, Noppen et Morisset, lauréat d'un concours national d'idées en architecture lancé pour l'occasion, et l'installation d'un nouveau centre d'interprétation de la Place dans la maison Hazeur, lui redonneront peut-être un souffle nouveau.

Mais en dehors des installations de la Place et de la lecture que les muséologues pourront faire de son histoire, il existe une source de connaissances, disponible dès maintenant, qui permet de mieux comprendre ce lieu chargé d'histoire.

Un grand programme de recherche

Au début des années 1980, le ministère des Affaires culturelles (devenu aujourd'hui le ministère de la Culture et des Communications) élaborait un programme de recherche en histoire et en archéologie dont les thématiques devaient servir à l'interprétation et à la mise en valeur de Place-Royale.

Un budget de 1 million de dollars a été affecté, entre 1982 et 1987, à la réalisation de près d'une vingtaine d'études traitant de différents aspects : l'occupation amérindienne, l'implantation du premier établissement français et l'adaptation au nouvel environnement, l'évolution du site et de l'habitat, la diversité des activités commerciales, la démographie, l'organisation sociale et le mode de vie des résidents. Le découpage temporel avait été établi comme suit : le Régime français (1608-1760), la période suivant la Conquête (1760-1820) et celle de l'apogée et du déclin du quartier (1820-1860).

Parallèlement à celles-ci, des études spécifiques sur la collection archéologique de référence de Place-Royale d'environ 14 000 objets ont été menées à bien. Seize rapports analysent cette collection tirée de l'ensemble des objets provenant des fouilles, certains sous l'angle des matériaux, d'autres sous l'angle des fonctions ou encore à partir d'un site en particulier. À titre d'exemple, mentionnons les recherches sur la faïence, le grès français, le creamware, les pipes, les jeux et jouets, la quincaillerie d'architecture ou encore celles sur l'Habitation de Champlain. D'autres études, plus spécialisées, traitent de la paléogéographie du site, des ossements, des coquillages et des macrorestes végétaux.

Une des particularités du programme a été d'intégrer les données historiques et archéologiques. Auparavant, il existait plusieurs études historiques portant sur les maisons et les occupants de Place-Royale et aussi plusieurs autres portant sur la collection archéologique, mais l'histoire et l'archéologie avaient toujours été abordés séparément, ne faisant appel l'une à l'autre que pour illustrer, établir un contexte ou étayer des conclusions.

La série Dossiers

La série Dossiers. L'année 1997 marque la fin de la publication de ces études dans la série Dossiers de la collection Patrimoines, produite par le ministère de la Culture et des Communications et distribuée par les Publications du Québec. Cette collection, réalisée en reprographie de haute qualité, s'adresse surtout à un public spécialisé puisqu'elle en livre intégralement le contenu. On remarque cependant un réel souci de vulgarisation et une attention constante apportée à la conception de la page couverture, qui se veut attrayante et représentative du contenu. Bien sûr, tout n'a pas été dit sur Place-Royale.

Il y a sûrement dans cette collection de quoi enrichir notre vision de ce lieu et en restaurer, virtuellement, les multiples visages.

Trésors et secrets

Mentionnons que la série Dossiers a servi de base à la publication de Trésors et secrets de Place-Royale : Un aperçu de la collection archéologique, parue en mai 1998 aux Publications du Québec. Cet ouvrage propose une exposition chez soi de quelque 200 pièces archéologiques choisies parmi les plus belles de la collection de référence de Place-Royale; il dépeint, de façon impressionniste, la vie quotidienne des habitants de ce lieu privilégié à différentes époques.

Illustrations

  1. Page couverture de l'ouvrage La construction à Place-Royale sous le Régime français, une des dernières études sur Place-Royale parues dans la série Dossiers.
  2. Pièces de jeu d'échecs en bois, maison Leduc, 19e siècle. (photo de Marc-André Grenier Trésors, p. 91)
  3. Dépliant présentant la série Dossiers de la collection Patrimoines, ministère de la Culture et des Communications.
  4. Page couverture de Trésors et secrets de Place-Royale, publié en 1998 par le ministère de la Culture et des Communications et Les Publications du Québec.

Page précédente