L'archéologie à Cap-Rouge |
Un peu d'histoire
À ce jour, aucune trace d'occupation amérindienne n'a été mise au jour à Cap-Rouge quoiqu'il soit probable que des groupes de chasseurs-cueilleurs aient occasionnellement établi leurs campements aux abords de la rivière du cap Rouge. Jacques Cartier, après deux voyages d'exploration au Canada, y fonde, en 1541, le premier établissement français en Amérique, qui sera occupé jusqu'en 1543. Abandonné, le site de Cap-Rouge est colonisé par les Français à partir de 1630, à la suite de la fondation de Québec en 1608. L'expansion rurale marque le développement du territoire jusqu'au début du 19e siècle, époque où l'industrie du bois s'implante dans l'anse sous l'impulsion des frères William et Henri Atkinson. À partir de 1880, cette industrie décline progressivement et le village se dépeuple. Seule la période euroquébécoise a laissé des traces tangibles à Cap-Rouge, traces qui ont commencé à être extraites du sol dès le 19e siècle.
Historique des travaux archéologiques à Cap-Rouge
À l'extrémité du promontoire, en 1823, lors des travaux de terrassement réalisés pour la construction du manoir des frères Atkinson, des terrassiers trouvent une hache, associée, à tort ou à raison, à la présence de Jacques Cartier et de Roberval. En 1861, l'abbé Ferland mentionne la découverte d'un four à chaux à Cap-Rouge; sa localisation et son attribution à l'époque de Cartier n'ont jamais pu être vérifiées. En 1952 et en 1958, dans le but de mettre au jour des traces du passage de Cartier et de Roberval, Sylvio Dumas, de la Société historique de Québec, creuse sans résultat des sondages et des tranchées sur la pointe du cap. En 1979, les archéologues Daniel La Roche, Mario Savard et Pierre Giroux y réalisent à leur tour une trentaine de nouveaux sondages qui livrent des vestiges de l'établissement des Atkinson (19e siècle).
En 1968, Michel Gaumond récolte plusieurs artefacts sur le site de la Poterie de Cap-Rouge, qui témoignent de la production de cette importante manufacture de poterie fondée en 1860. Quelques années plus tard, le dépotoir de celle-ci est identifié et une riche collection d'artefacts est constituée. Il faut attendre 1985 pour que des fouilles archéologiques, dirigées par l'archéologue Carl Lavoie, permettent de dégager d'impressionnants vestiges de la manufacture. L'année suivante, lors d'une surveillance des travaux d'Hydro-Québec sur le plateau qui s'élève à l'ouest de la rivière du cap Rouge, les archéologues de la firme Cérane trouvent un dépôt d'artefacts du milieu du 18e siècle, dans le parc du Bon-Pasteur.
En 1995, quelques mois après la commande d'une étude de potentiel archéologique à la firme Bergeron Gagnon inc., en prévision des travaux de renouvellement et d'amélioration des infrastructures routières du secteur de la rue Provancher qui devaient être réalisés en 1996, des interventions archéologiques fournissent un nombre considérable d'informations sur le développement historique de Cap-Rouge entre 1840 et 1900. C'est à l'occasion de ces travaux qu'on découvre des vestiges présumés de l'un des deux forts construits par Jacques Cartier en 1541 et réoccupés par Roberval l'année suivante. Toujours en 1995, la Société historique du Cap-Rouge, appuyée financièrement par le ministère de la Culture et des Communications du Québec, l'Institut québécois d'archéologie et la Ville de Cap-Rouge, réalise sur une partie inexplorée du promontoire la phase I de son projet Sur les traces de Jacques Cartier au cap Rouge.
1996 : Découverte d'un des forts de Cartier et de Roberval
Selon les chroniques, Jacques Cartier construisit deux forts, l'un au bas du promontoire, l'autre au sommet afin de protéger le premier. Les fouilles du promontoire n'ont rien donné jusqu'à présent, mais il subsiste toujours un espoir que des traces se trouvent encore sous les terrassements et les bâtiments édifiés par les frères Atkinson.
Jusqu'en 1996, les chercheurs n'avaient qu'une idée très imprécise du type d'implantation adopté par les Français lorsqu'ils prirent possession des lieux. Depuis la découverte, cette année-là, sur le plateau près de l'église paroissiale, des restes d'une partie de la palissade entourant les bâtiments du premier fort, il s'avère possible de s'imaginer les fortifications sur le promontoire. Peut-être même que de telles ruines y avaient déjà été trouvées sans qu'elles n'attirent l'attention des chercheurs, compte tenu de leur simplicité. Les vestiges découverts lors de la réfection du terrain de stationnement de l'église sont constitués de deux rangées de pierres parallèles, solidement enfoncées dans la matrice argileuse; l'espace libre entre celles-ci aurait contenu les pieux de la palissade. Un éperon entier a ainsi été dégagé et sa forme, à la lumière de l'historique du site, laisse peu de doute quant à sa nature : une fortification palissadée qui protège l'accès aux bâtiments qu'elle enserre. Le fort occupait donc une position avantageuse; il était facilement accessible de la rivière et défendu par une zone probablement marécageuse entre le plateau et le promontoire. Selon les chroniques, les vivres de l'établissement étaient entreposées dans les greniers des habitations qui s'y trouvaient.
![]()
1985-1987 : Les fouilles de la manufacture de poterie de Cap-Rouge
Édifiée en 1860, cette manufacture produisit des vases et autres ustensiles en terre cuite fine jaune recouverte d'une glaçure transparente (Yellow Ware) ou d'une glaçure brune au manganèse (Rockingham Ware). Fondée par Messieurs Howison, Pye et Chartré, l'entreprise commença à décliner vers 1880 pour terminer sous le pic des démolisseurs en mars 1892. Ses exportations atteignirent le Nouveau-Brunswick et l'Ontario. Les fouilles effectuées de 1985 à 1987 ont permis de trouver les trois imposants fours entourés d'un carrelage de briques. Des planchers, dont des traces subsistaient en quelques endroits, couvraient les aires de tournage et d'entreposage des produits en cours d'élaboration ou cuits. Le site se composait de deux bâtiments autonomes dont l'un, implanté en bordure du talus surplombant la rivière du cap Rouge, n'a laissé aucune trace. Un quai donnait accès à la Poterie afin de l'alimenter tant en matières premières (l'argile était importée du New-Jersey) qu'en anthracite, source d'énergie indispensable au fonctionnement des fours qui provenaient également des États-Unis. Deux grands dépotoirs contenant du matériel d'enfournement irrécupérable ainsi que des dizaines de milliers de tessons de vases sous-cuits ou trop cuits y ont également été découverts. L'étude de tous ces artefacts se poursuit.
Pour en savoir plus
Lavoie, Carl et Alain Côté, La Poterie de Cap-Rouge 1860-1892, La Société historique de Cap-Rouge, 1991. (Ce livre rend compte des résultats des fouilles qui, la même année, firent l'objet d'une exposition à la Maison Léon-Provancher.)IllustrationsVille de Cap-Rouge
Jean-Marc Roberge
4473, rue Saint-Félix
Cap-Rouge (Québec)
Téléphone : 418 650-7777
Télécopieur : 418 651-9528Carl Lavoie, archéologue
715, avenue Joffre
Québec (Québec)
G1S 3L4Téléphone / Télécopieur : 418 683-2532
1. Village de Cap-Rouge en 1880; en haut, à gauche, on aperçoit le secteur de la Poterie. (photo: J.E Livernois)
2. Le secteur de la Poterie, détail de la photo précédente. (photo: J.E Livernois)
3. Vestiges archéologiques trouvés lors de la fouille de 1996. (photo: Philippe Slater)