Découvert en 1967 par l'abbé Roland Provost, le site de La Martre (DhDm-1) est le premier endroit sur le territoire québécois à livrer des indices culturels associés à la tradition Plano de la période du Paléoindien récent. Les premières interventions archéologiques ont été réalisées par la Société d'archéologie préhistorique du Québec (S.A.P.Q.) en 1969. Le site a aussi fait l'objet d'autres interventions par la firme Ethnoscop inc. en 1995-1996 et par l'Université de Montréal en 1997, 1998 et 1999. La campagne de fouilles de 1997 s'est déroulée avec l'aide de douze stagiaires du Département d'anthropologie de l'Université de Montréal, sous la supervision de MM. Roland Tremblay et Éric Chalifoux. Plusieurs étudiants ont obtenu des crédits universitaires pour leur séjour d'un mois sur le terrain. Cette expérience a été un succès et fut répétée à l'été 1998 et 1999. En 2000, les interventions archéologiques ont été organisées par le Centre d'interprétation archéologique de la Gaspésie sous la supervision de Marie-Geneviève Lavergne, archéologue indépendante.Depuis 1994, la Corporation du Centre d'interprétation archéologique de la Gaspésie à La Martre a mis sur pied une exposition d'artefacts datant d'au moins 8000 ans et offre une visite guidée sur un sentier d'interprétation facilement accessible, d'environ un kilomètre. La Corporation veut dynamiser le rôle de La Martre dans le domaine du tourisme culturel et scolaire, en assurant l'interprétation et la diffusion des résultats de la recherche archéologique.
Le site de La Martre se trouve sur la côte nord de la péninsule gaspésienne entre les municipalités de Sainte-Anne-des-Monts et de Mont-Saint-Pierre. La vallée de La Martre est caractérisée par de nombreuses terrasses modelées par la mer de Goldthwait. Des indices d'occupation humaine ont été mis au jour sur plusieurs terrasses marines et plus d'une vingtaine de sites archéologiques y ont été répertoriés jusqu'à maintenant.
Nature de la recherche
La recherche archéologique a pour but de caractériser le mode de vie des populations qui ont occupé les hautes terrasses de La Martre entre 8000 et 10 000 ans avant aujourd'hui. Une importance particulière est accordée aux schèmes d'établissement, à la mobilité des groupes et à la technologie lithique des populations de la tradition Plano. Cette recherche s'inscrit aussi dans un projet plus large visant à documenter et à comprendre la dynamique des occupations du Paléoindien récent dans l'est du Nord-Est américain.
Les assemblages de la tradition Plano
La station 12 est située sur la rive ouest de la rivière La Martre, sur une terrasse marine d'une altitude variant entre 43 et 50 m au-dessus du niveau moyen de la mer. Depuis les premières interventions de la S.A.P.Q. en 1969, environ 50 m2 ont été fouillés et la superficie du site est évaluée à environ 20 000 m2. Ces interventions ont permis de mettre au jour plus de 300 outils taillés et environ 20 000 éclats de taille. Parmi l'outillage, mentionnons la présence de pointes à retouches parallèles et de forets caractéristiques de la tradition Plano du Paléoindien récent.
La station 15 est située sur la rive est de la rivière La Martre à une altitude d'environ 40 m au-dessus du niveau moyen de la mer. Depuis 1995, des fouilles d'une superficie de 125 m2 ont permis de mettre au jour environ 850 outils taillés, dont plusieurs pointes et forets de la tradition Plano, et plus de 100 000 éclats de taille. L'étendue du site a été évaluée à près de 40 000 m2 et la distribution spatiale des déchets de taille, qui confirme cette estimation, reflète l'intensité des occupations sur cette terrasse.
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La région de La Martre : Le peuplement initial du Québec
(Extrait paru dans le numéro de septembre 1999 de la revue Archéologia)
Le village de La Martre en Gaspésie, situé de part et d'autre de l'embouchure de la rivière du même nom, sur le littoral sud du golfe du Saint-Laurent, est un lieu privilégié pour l'étude des plus vieux sites d'occupation humaine au Québec car il en existe là une concentration exceptionnelle datant d'au moins 8000 ans. Un des facteurs à l'origine de ce regroupement de sites est la présence de carrières de cherts (ou silex américain) indispensables pour la fabrication des outils et des armes. À l'été 1998, Éric Chalifoux, chercheur à l'Université de Montréal et responsable du projet, et son collègue Adrian Burke de la State University of New York d'Albany (États-Unis), en ont d'ailleurs découvert une à flanc de montagne, tout près du village, où gisait une quantité innombrable de restes de débitage et au milieu de ceux-ci, entre autres, une pointe de projectile portant les enlèvements parallèles étroits et réguliers caractéristiques de la tradition que les archéologues désignent sous le nom de Plano. Cette technologie constitue un véritable repère chronologique et culturel dans tout le nord-est américain et lui est demeurée exclusive pendant plus de 2000 ans, avant d'être remplacée par le polissage de la pierre et d'autres techniques de taille moins raffinées, il y a environ 6000 ans.
Les archéologues cherchent à documenter la séquence de la réduction de la pierre en outil, depuis son prélèvement dans la carrière jusqu'à l'abandon des débris sur les campements et ateliers de taille. Du point de vue anthropologique, ils s'intéressent aussi aux facteurs régissant le choix par les Amérindiens de leurs lieux de campement ainsi qu'à leur adaptation au milieu. La reconstitution des conditions environnementales à partir de l'évolution géomorphologique du territoire et de séquences polliniques établies au moyen des archives naturelles enfouies dans des tourbières avoisinantes ont permis d'avancer que les lieux d'occupation étaient stratégiquement situés en bordure de la mer, au pied de montagnes à l'époque encore partiellement recouvertes de neige en haute altitude. La toundra, ce milieu désertique et froid, était fort probablement fréquentée par des troupeaux de caribous que les chasseurs pouvaient observer à distance. Faute de restes osseux sur les sites, l'analyse de résidus sanguins microscopiques présents sur le tranchant de certains outils constitue une façon additionnelle d'appréhender le spectre des ressources fauniques exploitées à cette époque. Les premières conclusions que l'on peut en tirer renforcent la thèse d'une exploitation diversifiée d'espèces animales telles que les cervidés, les félidés et les lagomorphes (lièvres), et même certains mammifères marins.
Actuellement, l'hypothèse selon laquelle l'Amérique aurait été peuplée il y a environ 15 000 ans par des groupes de chasseurs asiatiques ayant migré par la Sibérie fait l'objet d'un large consensus. La découverte d'outils bien identifiés à la tradition technologique appelée Clovis dans des couches sédimentaires contenant des restes d'une faune éteinte est à l'origine de cette théorie. Ces groupes se seraient dispersés vers le sud sur tout le continent et auraient graduellement peuplé le nord-est de l'Amérique du Nord après le recul des glaciers qui s'est amorcé il y a 13 000 ans; des conditions périglaciaires tardives expliqueraient leur absence au Québec. Quant aux premiers arrivants en Gaspésie, les Planoens, ils seraient partis des Prairies de l'Ouest et se seraient déplacés ensuite dans l'axe du fleuve Saint-Laurent en passant par les Grands Lacs. Par ailleurs, d'autres groupes ayant des technologies lithiques différentes de la tradition Plano auraient atteint, à peu près en même temps, le détroit de Belle-Isle, en provenance du littoral atlantique.
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(auteurs : Pierre Desrosiers et Michel Plourde)
Pour en savoir plus
Corporation du Centre d'interprétation archéologique de la Gaspésie
Carlos Suich
6, rue des Fermières
La Martre (Québec)
G0E 2H0Téléphone et télécopieur : 418 288-1318
Illustrations
1. La station 12 est à l'arrière-plan tandis que la station 15 est au premier plan. (photo: Éric Chalifoux)
2. Forets, pointes et grands bifaces trouvés dans les stations 12, 13 et 15 de La Martre. (photo: Éric Chalifoux)
3. Vue aérienne du village de La Martre en bordure du Saint-Laurent. (photo: Pierre Lahoud)
4. Collection d'objets en pierre taillée. (photo: Pierre Fauleux)
5. Carte des principales voies de migrations dans le nord-est de l'Amérique du Nord et des sites Plano.