Le travail de restauration et
de conservation des objets archéologiques

Le travail du restaurateur
« Restauration : Toutes les mesures prises pour modifier la structure et les matériaux existant d'un bien culturel dans le but de représenter un état antérieur connu. La restauration a pour objet de préserver et de révéler la valeur esthétique d'un bien culturel; elle se fonde sur le respect des matériaux d'origine et s'appuie sur des renseignements précis au sujet de l'état antérieur. »
(Extrait du code de déontologie de l'Institut international pour la conservation)

Comme cette définition l'indique, la restauration implique une intervention sur la matière fondée sur certains principes que le restaurateur applique avec discernement. Sa plus grande préoccupation concerne sans doute l'intégrité de l'objet qu'il met en jeu à chacune de ses interventions. Une autre question fondamentale est celle de la réversibilité. En théorie, tous les produits et matériaux utilisés lors de la restauration devraient pouvoir être enlevés si leur présence devenait indésirable pour des considérations esthétiques, scientifiques ou d'instabilité des matériaux. L'intervention minimale constitue un autre but du restaurateur. Plus un objet est restauré, moins il est authentique; les connaissances qu'on peut en tirer diminuent et les conclusions peuvent être erronées. L'intervention pratiquée sur un objet doit donc privilégier avant tout sa conservation et réduire les risques de mauvaises interprétations.

Même si de tout temps les hommes ont réparé les objets qu'ils utilisaient, la restauration en tant que discipline ne se comprend qu'avec le développement de l'histoire de l'art et de l'archéologie au 19e siècle et avec l'apparition du musée en tant qu'institution du savoir. En soi, la restauration n'est ni une discipline scientifique, ni une entreprise artistique, même si les deux aspects y jouent un rôle important. Sa pratique se situe au confluent de plusieurs champs de la connaissance, particulièrement la chimie, la physique, la biologie, la science des matériaux, l'anthropologie et l'histoire de l'art, pour ne citer que ceux-là. Le travail du restaurateur emprunte au chimiste son lieu de travail de type laboratoire ainsi que la rigueur de la recherche scientifique; à l'historien, sa capacité d'interprétation; au chirurgien, le scalpel et une grande précision; et à l'artiste, ses pinceaux et sa sensibilité.

Aujourd'hui, le restaurateur est devenu en quelque sorte le médecin des objets. Son intervention nécessite une connaissance des matériaux et de leurs processus de détérioration. Chaque objet sera ainsi documenté, décrit dans ses moindres détails, mesuré, photographié, et son traitement ne sera approuvé qu'après discussion avec le responsable de la collection. Puis, au jour le jour, tous les matériaux utilisés, ajoutés ou retranchés ainsi que les résultats et la procédure de l'intervention seront consignés dans un rapport de condition. Ce dernier, qui est la mémoire de la transformation de l'objet dans le temps, sera utilisé si jamais d'autres interventions deviennent nécessaires.

En raison de la grande fragilité de certains types d'objets ou de la nature particulière de la fouille, le restaurateur sera parfois appelé à intervenir sur des sites archéologiques. Que ce soit pour la levée en motte de structures impossibles à dégager, du moulage de composantes qui seraient radicalement transformées en raison de la fouille, ou pour fournir une expertise en conservation, la présence d'un restaurateur sera parfois requise pour assister l'archéologue dans sa recherche d'indices sur le passé.

De plus, certaines interventions archéologiques requièrent la participation d'un restaurateur dès le moment de la mise au jour des objets; c'est le cas des fouilles subaquatiques lors du sauvetage du Elizabeth and Mary à Baie-Trinité sur la Côte-Nord. En coordination avec l'archéologue, des mesures de conservation doivent être adoptées dès le début de la fouille, afin de documenter et de stabiliser des objets qui risqueraient autrement de subir des transformations irréversibles. Tout l'art du restaurateur consiste à minimiser la dégradation des matériaux pour que les témoins puissent être étudiés par l'archéologue et être éventuellement mis en valeur.

La conservation

« Conservation : Toute action visant à sauvegarder un bien culturel. Le but de la conservation est d'étudier, de documenter, de préserver et de restaurer les aspects culturels importants d'un bien culturel en limitant le plus possible l'intervention. La conservation comprend l'examen, la documentation, la conservation préventive, la préservation, la restauration et la reconstitution. »
(Extrait du code de déontologie de l'Institut international pour la conservation)

Comme on peut le constater, la conservation s'inscrit dans un cadre beaucoup plus large que la restauration proprement dite. Elle vise d'abord la préservation des biens culturels dans tous les aspects de leur vie, depuis leur découverte et leur prélèvement jusqu'à leur mise en valeur. La conservation et la restauration ne sont pas deux actions séparées, ou en opposition, mais les deux volets d'un même processus dont il est parfois malaisé de dire où commence l'un et où finit l'autre. Par exemple, le remontage d'une pièce peut être nécessaire afin d'en assurer la conservation; la réalisation de supports et de formes spéciales de protection pour l'exposition et le transport sera aussi souvent du ressort du restaurateur.

Quoi qu'il en soit, les préoccupations des restaurateurs sont de plus en plus orientées vers les questions reliées à la conservation préventive, c'est-à-dire en vue d'empêcher la détérioration des objets. Le but ultime de cette approche est de contribuer à préserver une petite partie des archives matérielles de l'humanité, non pas par l'application mécanique de recettes, mais par un véritable changement d'attitudes, dans le respect de notre héritage culturel constamment menacé par la négligence ou l'ignorance.

Un exemple de restauration : la poterie de l'Île-Verte

La poterie de l'Île-Verte (DaEi-16) avant restauration La poterie de l'Île-Verte (DaEi-16) en cours de restauration.
Examinons, à titre d'exemple, le traitement d'une poterie découverte à l'Île-Verte. Après sa mise au jour par l'archéologue et son transport à l'atelier, chacun des tessons a été examiné et ses associations avec d'autres tessons déterminées. Après vérification du potentiel muséal de l'objet au remontage, une proposition de traitement a été rédigée et approuvée par la personne responsable des collections. Tous les tessons ont alors été imprégnés sous vide d'une résine synthétique, afin d'assurer une meilleure cohésion à l'argile cuite à basse température. Après évaporation du solvant, les tessons ont été assemblés avec un adhésif soluble à l'eau, afin de faciliter la réversibilité de l'intervention. Quelques comblements ont servi à renforcer la structure de l'objet, très fragmentaire. De plus, une forme en plexiglas a été réalisée pour assurer sa stabilité lors de la mise en valeur. Au total, plus de 250 heures ont été consacrées à la restauration de cette poterie et à la réalisation du support.

La poterie de l'Île-Verte (DaEi-16) sur son support.

Pour en savoir plus

Berducou, Marie-Claire, La conservation en archéologie, Masson, Paris, 1990, 469 p.

Bergeron, André et France Rémillard, L'archéologue et la conservation, Les Publications du Québec, Québec, 1991, 183 p.

Bergeron, André, « Archéologie et Conservation, convergence ou divergence », dans Vestiges archéologiques, la conservation in situ, Actes du deuxième colloque international de l'ICAHM, Montréal, 1994, p. 315-322.

André Bergeron
1825, rue Semple, Québec (Québec)
G1N 4B7
Téléphone : 418 643-7001
Télécopieur : 418 646-5419

Illustrations


1.  La poterie de l'Île-Verte (DaEi-16) avant restauration (photo: Michel Élie, CCQ)
2.  La poterie de l'Île-Verte (DaEi-16) en cours de restauration (photo: Michel Tremblay, Cinémanima)
3.  La poterie de l'Île-Verte (DaEi-16) sur son support (photo: Michel Élie, CCQ)


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